Chronique 40 ans dans le rétro Alternatives Revue Silence

1982 : un média régional écologiste, antinucléaire et non-violent

Michel Bernard

Au départ, on ne savait pas que c’était impossible, alors on l’a fait.

En 1980 et 1981, sur le campus universitaire de Villeurbanne (Lyon 1), plusieurs personnes du Groupe écologique de la Doua réalisent une revue : Poing Noir, 13 numéros parus, tirage à 700 exemplaires. En 1981, les socialistes arrivent au pouvoir et plusieurs revues écologistes disparaissent (La Gueule ouverte, Le Sauvage…). Le nouveau gouvernement renie ses promesses sur le nucléaire et une marche de Malville (Isère) à Paris se déroule pendant trois semaines en mars-avril 1982 pour demander l’arrêt du réacteur Superphénix alors en construction. Lors de la marche, constatant l’absence de relais médiatiques, cinq personnes décident de lancer une revue écolo régionale : Michel Bernard, Pascal Blain, Philippe Brochet, Manoëlle Géniquet et Géraldine Satre. Les trois premiers viennent du Groupe écologique de la Doua.
En mai 1982 sort le numéro zéro en demi-format, tiré à quelques centaines d’exemplaires en photocopie. Le nom de Silence est choisi en référence à la BD éponyme de Didier Comès, et comme contre-pied à La Gueule ouverte jugée d’un ton trop violent. Ce numéro zéro annonce l’intention de lancer une revue à l’automne, sur la région Rhône-Alpes, tous les quinze jours. Durant l’été, l’association Courant alternatif voit le jour avec Christophe Fullenwarth comme président. 60 abonnements sont trouvés. Comme ce n’est pas assez, l’argent est investi dans un poster d’après une chanson de Jean-Marc Le Bihan. Le bénéfice permet alors d’acheter du papier recyclé. Sa vente à la rentrée de septembre par la Maison de l’écologie, créée simultanément, permet d’avoir une petite somme d’argent. L’équipe s’étoffe, notamment avec le dessinateur Michel Balme, qui va assurer les couvertures pendant de longues années. Il est le dessinateur de la revue Superphénix, laquelle va provisoirement prêter son cadre juridique (Silence est alors un supplément à cette revue).
Le premier numéro sort à 700 exemplaires le 4 octobre 1982. Il est imprimé à AIPN, une imprimerie tenue par d’anciens insoumis dont Pierre Diviani qui sera notre imprimeur jusqu’à sa retraite et d’autres personnes comme Mimmo Pucciarelli, Patrice Bouveret, Jean-Luc Thierry qui participeront tous à la rédaction à un moment donné. Il est sur papier recyclé, ce qui est rare à l’époque. Premier dossier : le potentiel de la biomasse. Un encart central du Mouvement pour une Alternative non-violente appelle à retirer 3 % de ses impôts pour protester contre l’arme nucléaire. Cette proximité avec le MAN sera constante tout au long de l’histoire de la revue. Seul l’encart du MAN est présenté de manière professionnelle. Le reste est fait à la machine à écrire, les titres sont réalisés avec des lettres autocollantes que l’on doit mettre une par une (il faut 8 heures à une personne pour écrire tous les titres), les dessins sont pris sans autorisation dans des revues de BD, il n’y a pas de photos, il y a 20 pages, avec trois parties : le dossier, des brèves et un bottin d’associations.

MB

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