Pour verdir leurs grands projets plus ou moins inutiles, leurs promoteurs disposent d’un outil : la compensation écologique. Mais de quoi s’agit-il ?
Cette notion est apparue en France dans une loi de protection de la nature de juillet 1976. Les maîtres d’ouvrage doivent prendre des mesures pour « réduire au maximum les impacts négatifs sur l’environnement : éviter, réduire ou compenser ». Une directive européenne de 2004 a généralisé cette idée dans le cadre plus large du principe de « pollueur-payeur ». Ces mesures de compensation peuvent porter sur des travaux de restauration de milieux et d’espèces (réintroduction d’espèces, confortements de populations), des opérations de gestion et de protection (création de conservatoires, de réserves naturelles), des processus immatériels (formation ou sensibilisation des usagers ou des gestionnaires de sites)… En théorie, elles doivent rétablir une situation de qualité globale au moins proche si ce n’est meilleure que la situation antérieure. Et c’est là que quelque chose cloche !
Prenons le cas de Notre-Dame-des-Landes, le projet d’aéroport devrait détruire des zones humides ayant une population spécifique avec des espèces rares et protégées. Les mesures de compensation consisteraient à déplacer ces populations et à les introduire dans d’autres écosystèmes pour en assurer la subsistance. Fort bien. Mais dans cette nouvelle zone, aménagée de manière artificielle, donc en fausse zone humide, il y aussi une flore et une faune préexistante, lesquelles vont être perturbées par l’arrivée des nouvelles espèces et par les modifications apportées aux écosystèmes. Il faut donc, en toute logique, trouver pour ces espèces… des mesures compensatoires. Cela rappelle une veille blague pour se moquer de l’armée : le sapeur Camember doit creuser un trou et demande à son supérieur ce qu’il doit faire de la terre « Que vous êtes donc plus hermétiquement bouché qu’une bouteille de limonade, sapeur ! Creusez un autre trou ! » (1)
Compenser : pensée con ?
Il y aurait bien une façon d’avoir de vraies mesures compensatoires : restaurer des milieux totalement artificialisés et les reconvertir en zone naturelle (2).
Revenons à notre aéroport. Il est prévu sur 1650 hectares et avec les voies de communication qu’il nécessite, on passe à 2000 hectares. Il faudrait trouver une zone équivalente dans la région. Comme l’aéroport est prévu pour les habitants de Nantes principalement, et que la ville de Nantes occupe une surface de 6519 hectares, il suffirait donc de remplacer le tiers de la ville par une immense zone naturelle. Et là, je sens que cela va être dur à négocier !
De là à en conclure que les « mesures de compensation » ne sont que la poudre aux yeux du « développement durable », il y a un pas que je franchirais résolument.
Francis Vergier
(1) Les Facéties du sapeur Camember est une bande dessinée de Christophe parue dans le Le Petit Français illustré, de 1890 à 1896.
(2) En supposant que nous soyons soit capable de recréer des écosystèmes équivalents car comment remplacer un arbre multi-centenaire ?